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Quelques années
avant 1789, labbé Solacroup de Lavayssière, prieur dEscamps
(1732-1811), avait eu lambition décrire un nobiliaire
de Haute-Guyenne incluant le Quercy (1).
Il avait même fait paraître un prospectus pour une
souscription et larticle concernant la famille GOZON
dAys. Passant de château en château il avait rassemblé
une documentation très abondante. Malheureusement pour lui,
la Révolution mit fin à son projet et une grosse partie de
ses travaux a, semble-t-il, été détruite ou perdue
pendant cette période où le peuple cherchait justement à
se débarrasser de tous ces documents anciens sur lesquels
sappuyait la noblesse pour maintenir sa domination. Seul
subsiste un grand registre manuscrit qui analyse de nombreux
contrats de mariages et successions relatifs à quelques
familles du Quercy et du Rouergue (qui constituaient la
province de Haute Guyenne à lépoque).
En 1872, la création de la
Société
des Etudes Littéraires et Artistiques du Lot (SEL) se
fait avec lappui des érudits locaux dont quelques uns
sintéressent à la généalogie. Lénorme travail de
Guillaume Lacoste (1765-1844) sur lhistoire de la
province du Quercy est publié par Combarieu et Cangardel en
1883. Ce texte écrit au début 19° s. comporte nombre de références
généalogiques sur les grandes familles quercinoises (2).
Dans la première moitié du
20° s siècle, des travaux de généalogie pure sont publiés
dans le Bulletin
essentiellement par le chanoine Adrien Foissac, longtemps président
(3), et qui avait lambition
de publier un dictionnaire généalogique des familles du
Lot. Après les études et publications du 19° s.
essentiellement consacrées à des familles de la
bourgeoisie prétendant descendre de la noblesse dAncien
Régime ou même de la chevalerie du Moyen Age, on assiste
à une première tentative pour démocratiser cette science,
pour lélargir à toutes les couches sociales.
Ses travaux sont également
utilisés par des collègues de la SEL,
la généalogie joue bien là son rôle de science annexe à
lhistoire comme saura si bien lutiliser Jean Lartigaut
(4).
Dans la pratique, les travaux
publiés sont essentiellement relatifs à des familles
nobles ou de notables locaux, mais les filiations sont
attestées par des actes authentiques : registres BMS,
contrats de mariages, successions ou au moins les résumés
cités dans la série de lenregistrements des actes
civils publics dAncien régime (série 2 C des A.D.).
Pourtant, le travail considérable
laissé par Foissac prouve quil a bien abordé
lhistoire des innombrables familles modestes de ce département,
mais son dictionnaire na jamais vu le jour et cet
ensemble reste inédit, souvent même illisible tant lécriture
du vieux chanoine sest dégradée au fil des années ...
(5)
Un autre chanoine, Edmond
Albe (1861-1926), a lui aussi "goûté" à la
généalogie mais pour une période ancienne qui ne permet
pas de certitudes. Sa vraie passion, cest lhistoire,
et la publication de ses importantes recherches sur le Moyen
Age quercinois vont en faire un médiéviste reconnu encore
aujourdhui. Ses généalogies relatives aux familles du
pape Jean XXII, de ses cardinaux et évêques quercinois
sont des modèles du genre par leur densité historique (6).
La période des années 1900
a vu la publication par Louis Esquieu de larmorial
quercynois (7). Lart héraldique,
davantage réservé aux nobles et aux notables, a trouvé
plus de supporters pour lédition que la réalisation
quun dictionnaire généalogique. Il faut dire que sous
Louis XIV, lenregistrement obligatoire moyennant finance,
par dHozier et ses hommes, des armoiries de tous ces prétendants
à la notabilité a bien facilité les choses.
LAprès-guerre a connu
quelques généalogistes lotois et lun dentre eux a même
participé à une des premières associations nationales
dans les années Cinquante : le Centre dEntraide Généalogique
de France (CEGF) et son bulletin, La France généalogique
(8). Finalement davantage
attiré par lhistoire, il deviendra un grand historien du
Quercy (9) mais utilisant ici et
là les filiations pour illustrer son texte (10).
Son ami Louis dAlauzier (1893 -1985) en fera également
partie et publiera deux articles (11).
Il faudrait aussi citer Jean
Calmon, secrétaire de la S.E.L., auteur de plusieurs généalogies,
certaines publiées dans le Bulletin
(12). Sa célèbre et irremplaçable
Bibliographie du Lot recense dailleurs un nombre
non négligeable de généalogies manuscrites ou publiées (13).
Parmi les chercheurs qui ont
énormément travaillé depuis 30 ou 40 ans dans le domaine
de lhistoire des familles, il faut citer Tibor Pataki,
Georges Thonnat et Jean Delaporte.
Tibor Pataki par son immense
travail danalyse de documents relatifs à lancienne
vicomté de Turenne a rendu accessible au lecteur, même débutant,
un matériel quil naurait pu découvrir seul :
transcription de 8 registres paroissiaux 16-18° s, de
milliers dactes notariés, denregistrements, etc. pour
livrer en fin de compte au chercheur des milliers de fiches
familiales comportant des filiations sur 4 ou 5 générations
de familles originaires de la vicomté par delà la
limite administrative des départements du Lot et de la Corrèze
(14). Il faut citer aussi les
reconnaissances aux vicomtes de Turenne du 12 au 15° s.
publiées dans le B.S.E.L. et qui
permettent de connaître des centaines de noms de petits
seigneurs fonciers, bourgeois et marchands de ces lieux à
une époque aussi reculée. (15)
Georges Thonnat a publié à
compte dauteur il y a une dizaine dannées le fruit de
ses investigations (16). Cet
ouvrage remarquable, sintéresse certes surtout à des
familles notables du Haut-Quercy, mais il démontre si
besoin était, comment ces lignées sont imbriquées à
linfini dans la multitude des familles modestes de ce
terroir.
Jean Delaporte (+ 1987) est
un généalogiste typique de la fin du 20° s. Cest en
effectuant sa propre généalogie quil a pensé à rendre
plus efficace sa recherche et aussi celle des autres. Il a
trouvé utile détablir 7 tables de mariages de paroisses
du nord-est du Lot et des fiches filiatives qui sont
aujourdhui un trésor pour quiconque a des ancêtres dans
cette région (17). Il était
membre du CEGF dont le siège est à Paris.
Passons des individus isolés
aux tentatives dorganisation.
A Cahors, dans les années 80
la fréquentation des Archives Départementales
augmente très sensiblement. Un vaste projet de rénovation
et dagrandissement des locaux a abouti mais va entraîner
la fermeture pendant 18 mois. En janvier 1990, avec
lappui du conservateur, une première réunion regroupe
à la M.J.C. une dizaine de passionnés pour envisager la création
dune association spécifique et définir des objectifs :
échange de renseignements localement et avec les chercheurs
éloignés, relevés systématiques sur registres
paroissiaux, organisation dexpositions, de conférences
et autres manifestations (18).
Il est décidé déditer
un bulletin de liaison avec les moyens du bord : feuille
mensuelle recto-verso saisie sur Macintosh et photocopiée
dans une salle paroissiale ! avec les traditionnelles
rubriques "Entraide" et "Questions/réponses".
La circulaire est distribuée aux présents et envoyée à
quiconque fournit les enveloppes timbrées réglementaires :
tirage 20 à 25 exemplaires... Les 14 premiers numéros
paraissent ainsi de février 1990 à juin 1991 (19).
Depuis lété 1989, un
Parisien ayant des origines entre Lot et Cantal organisait
des réunions de famille VERMEIL à Labastide-du-Haut-Mont
dans le nord du département auxquelles participaient un
couple de Cadurciens allié. Les liens se sont tissés également
au cours déchanges de recherches entre Paris et Cahors,
des projets ont été échafaudés.
En septembre 1991, les
Parisiens sont les plus rapides sur le plan administratif !
Les statuts dune association (l'A.R.H.FA)
sont déposés à Noisy-le-Grand (Seine-St-Denis) épicentre
dun groupe de Lotois "exilés" et dautres
passionnés de recherches. Un bulletin étoffé commence à
paraître en décembre 91 (40 à 60 pages par trimestre).
Les adhésions arrivent du Lot et aussi dautres départements,
le caractère spécifiquement lotois nest pas un préalable.
Les circulaires du groupe organisé à Cahors sont reprises
intégralement ainsi que tous les articles en provenant.
Depuis lors, les réunions
mensuelles se succèdent et le nombre de présents ne
cessent de grossir à Cahors pour atteindre la trentaine en
juin 98. Des conférences sont également organisées tous
les ans grâce à laide dhistoriens comme Françoise
Auricoste, le Dr Massé de Bordeaux (histoire des
chirurgiens), M. Lacoste-Lagrange, etc. La réunion estivale
a rassemblé plus de 40 personnes cette année à
Labastide-Murat ; avant le repas, furent présentés et
remis au maire, Monsieur Bonnet, les tables de baptêmes,
mariages et décès de cette paroisse de 1627 à 1800. Le
bulletin trimestriel de lA.R.H.FA
a grossi au point de comporter en moyenne 150 pages dont un
tiers environ concerne la généalogie dans le Lot.
Les contacts avec les
associations soeurs de Corrèze et de lAveyron sont réguliers
: présence de représentants aux réunions mensuelles, réunions
conviviales de visites touristiques et déchanges généalogiques
en principe une fois par an à tour de rôle (nos ancêtres
ne tenaient pas compte des frontières administratives pour
se marier...).
Dans dautres villes du Lot
des associations dhistoire locale ont vu se créer des
sections généalogie. Ainsi celle des Amis du Vieux
Souillac (20), avec M. et Mme
Jean Cros, a réalisé la transcription complète des
registres paroissiaux de Souillac dont la table des mariages
a paru en décembre 1995 dans le bulletin de lA.R.H.FA.
Cette section continue aujourdhui ses activités propres
comme la transcription de lancien compoix du 17° s. La réunion
dété de lA.R.H.FA
sy est déroulée en août 1995.
Les Amis du Passé de St-Céré
(21) ont aussi une équipe de
généalogistes qui a entrepris la transcription des actes
de mariage de leur ville, le bulletin semestriel en publie
les tables au fur et à mesure. En mai 1993 a été organisée
une après-midi de conférences sur la généalogie
familiale et professionnelle. Léquipe a accueilli la réunion
annuelle dété de lA.R.H.FA
en août 1994.
Dans le sud, lassociation
culturelle de Castelnau-Montratier (22)
a aussi sa mini-section de généalogie et un de ses membres
sactivent à dépouiller les registres paroissiaux. La réunion
dété sy est déroulée en 1997.
Seules Gourdon et Figeac (siège
de réunions dété en 93 et 96) ne semblent pas avoir
encore de généalogistes organisés, pourtant, dans cette
dernière, le musée Champolion présente un magnifique
tableau de la famille du savant et de son épouse.
Tel est, à la fin 1998,
linventaire que lon peut faire des groupes, organisés
ou non, sintéressant à la généalogie dans le département
du Lot.
Ph.
Deladerrière
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Notes :
(1) Guilhamon H., Labbé
Solacroup de Lavaissière, Rodez 1918, 4 p. (B.M.
Cahors)
(2) Lacoste Guillaume, Histoire
générale de la province du Quercy, Cahors
1883, 4 vol. Rééd. Jeanne-Laffitte, Marseille
1982.
(3) Bulletin de la S.E.L.,
1909 (de GENIES) ; 19010 (DU GARRIC) ; DALBAREIL
(1911) ; DESPLAS (1912) ; de MAGNY (1913) ;
MAYNARD (1932) ; LAPOPIE, HEBRARD, CRUSSOL, PEYRE
(1933-34) ; de LUZECH et de GUISCARD (1933) ; de
LINARS (1934).
(4) Généalogies CARCAVY,
DOMINICI, THENEZE, dans : Bergounioux Louis, Un
controversiste quercynois du 17° s, Marc Antoine
Dominicy ; thèse, Paris 1936, publiée par
Coueslant, Cahors 1936. Généalogie TOURNIE dans
Marboutin J.R. : Jean Tournié, sculpteur sur bois
; B.S.E.L.,
Cahors, 1948. Généalogie LAUZIERES-THEMINES dans
: de Mitry ; Généalogie des Lauzières-Thémines
en Languedoc et Guyenne 1100-1817 ; Moulins, 1923,
159 p. et dans Bulit Roger, La destinée des
Lauzières-Thémines 15°-19° s., B.S.E.L.,
1973. Généalogie PERBOYRE dans : Larigaldi G., De
la houlette du pâtre à la palme du martyr ;
Lethielleux, Paris, 1926, 262 p.
(5)
Lensemble de ses travaux est déposé aux A.D.
Lot et constitue un fonds (non classé) à son
nom. Les travaux les plus lisibles font lobjet
de publication depuis 1992 dans le bulletin de
lA.R.H.FA
(Moi-Géné) : CALMEILLES (sept. 92), BAUDUS (déc.
92), BESSIERES (juillet 93), LACROIX de GIRONDE
(nov. 93), BRUGALIERES (déc. 94), PECHPEYROU
(juin 95), LABROUE (déc. 95), PERBOIRE/MOUSSET
(juin 96), DARAQUY (juillet et oct. 98).
(6) Albe Edmond, Autour de
Jean XXII. Les familles du Quercy daprès
les archives du Vatican : le cardinal MONTFAVES (B.S.E.L.,
1904), la maison dHEBRARD et maisons alliées (B.S.E.L.,
1905) ; Les parents de Jean XXII (Annales de
St-Louis des Français, Rome 1902) ; Les cardinaux
de JEAN et DU POUGET (id. 1903) ; les CARDAILLAC
(id. 1903) ; Les Quercynois en Italie (id. 1904) ;
Evêques quercynois en France (id. 1905) ; Titres
et documents concernant le Limousin et le Quercy
du temps des papes dAvignon (Bulletin de la
Sté archéologique de Brive, 1905 à 1911).
(7) Esquieu Louis, Essai
dun armorial quercynois, Cahors, Paris,
1907, supplément 1908, 281 + 99 p. (réédition
Laffitte, Marseille 1997)
(8) Lartigaut Jean, Les origines
des MOLIERES seigneurs de Labastidette à Pontcirq,
1440-1540, La France Généalogique, La
Roche/Yon, 1959, 8 pages.
(9) Lartigaut Jean, Les
campagnes du Quercy après la guerre de Cent ans,
vers 1440- vers 1500 ; Presses universitaires du
Mirail, Toulouse 1978, 606 p. index. (épuisé).
Lire aussi ses innombrables articles parus dans le
B.S.E.L., les Annales du Midi,
Actes de Congrès, etc. de 1960 à ce jour.
(10) Lartigaut Jean, Puy-lEvêque
au Moyen Age, éd. du Roc, 24150 Bayac, 1991,
207 p. (165 F). La plupart de ses travaux généalogiques
inédits des années 50 ont fait lobjet de
publication dans le bulletin de lA.R.H.FA
ces 3 dernières années.
(11) Généalogie des BOYSSON ou
BUISSON, La France Généalogique ,
Paris, février 1961. Généalogie des BARASC :
id. juillet 1963.
(12) Calmon Jean, Les VIDAL
LAPIZE, B.S.E.L.,
1957
(13) Calmon Jean, Bibliographie
du Lot, 2 volumes, Cahors, B.S.E.L.,
1931 à 47 et supplément : 1957 à 66.
(14) Fonds Pataki, 30 J aux A.D.
Lot (répertoire détaillé).
(15) B.S.E.L.,
1987, 1988, ..., 1997.
(16) Thonnat Georges, Documents
généalogiques sur les familles du Haut-Quercy ;
Cahors, chez l'auteur, 1977, 478 p. index
(17) Ses travaux, déposés par
Mme Delaporte, constituent un fonds à son nom (41
J aux A.D.
Lot). LA.R.H.FA
a publié la table des patronymes clés cités
dans ce fonds (Hors série n° 44, franco 30 F)
(18) toujours disponibles par
recueils de 20 circulaires : 90-91, 92-93, 94-95,
96-97, franco 60 F au siège de la section du Lot
(c/o Bibliothèque Municipale, place F. Mitterand,
46000 Cahors).
(19) La Dépêche du Midi,17/01/1990.
(20) Amis du Vieux Souillac,
B.P. 18, 46200 Souillac.
(21) Amis du passé de St-Céré,
c/o Mme Couhé 300, rue du 8 mai, 46400 St-Céré.
(22) Association culturelle de
Castelnau, Hôtel de ville 46170
Castelnau-Montratier.
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